De l’ombre sur Pasteur 
La médecine pasteurienne connaît bien monde microbiologique, celui des virus, des bactéries et des champignons. Elle a ainsi développé les antibiotiques et les vaccins. Les ravages sur la santé globale de la généralisation de ceux approches ont été négligées, parce qu'ils semblent très secondaires pour une pensée dogmatique qui s'est focalise sur la responsabilité unique et linéaire d'un facteur extérieur. 
Dénoncer cela ne doit cependant pas faire oublier que ces pratiques ont aussi contribué à la régression de certaines maladies et au succès des soins d’urgence. Qui aujourd’hui refuserait le traitement antibiotique à son enfant atteint de méningite purulente sous prétexte que « le microbe n’est rien Â» ? 
Louis Pasteur, comme bien d’autres après lui, aimait la gloire et a su l’obtenir par des stratégies médiatiques et des fraudes scientifiques (1). L’exhumer pour rappeler cela fait-il avancer le débat sur l’utilité des vaccinations ? Le fait que son vaccin artisanal contre la rage était dangereux et peu efficace signifie–t-il que tous les vaccins apparus ensuite sont ainsi ? Le propre des dogmes est d’avancer et de généraliser tout ce qui renforce le sens choisi. Mais à force de fixer son regard vers un but connu d'avance et non remis en cause, il se forme naturellement des Å“illères bien étroites qui masquent le faits qui vont dans un autre sens.
 
De la lumière par contraste sur Béchamp
Antoine Béchamp fait partie de ces chercheurs géniaux qui n’ont pas le tempérament habile et manipulateur pour se faire reconnaître. À l’ombre de Pasteur, il a été repoussé en marge puis dans l’oubli. Le faire connaître est un travail d'historien nécessaire et louable. En faire un martyr pour dénigrer la médecine pasteurienne est une déviance vers le combat idéologique. 
La thèse de Béchamp mise en avant dans ce combat pour la vérité sur les maladies infectieuses est celle des microzymas. Une hypothèse de pléiomorphisme microbien qui suppose qu’un élément source peut devenir, selon le contexte, le microorganisme spécifique d’une maladie. Le microbe n’est donc plus la cause mais le témoin. Et c’est le virage à 180 degré qui permet le combat frontal : le microbe ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur ! Il est une conséquence et non une cause. Donc « rien Â» dans l’origine de la maladie. Une thèse abondamment reprise par les défenseurs de la causalité psychosomatique des maladies. C'est une explication simple et linéaire à un phénomène qui hors de cela échappe à la logique.
 
Les somatides de Naessens 
Plus près de nous, un autre français, Gaston Naessens, a mis au point un microscope permettant d’observer des entités de très petite taille, qu’il a appelé somatides, auxquelles il attribue ce même pouvoir de genèse de micro-organismes pathogènes. L’histoire de ce chercheur atypique est une succession de poursuites et de scandales avec comme toujours dans ce contexte, les adversaires qui parlent d’imposteur et les adhérents de martyr. Seule la vérification des observations mises en avant par une équipe indépendante aurait pu faire avancer les choses, mais il semble que Naessens n’a rien fait pour que cela soit possible (2). 
Si les microzymas et les  somatides sont observables, pourquoi il n’y a que ceux qui y croient qui les voient ? Bien sûr, il y a les intérêts, les menaces, les complots… mais il y a aussi beaucoup de chercheurs curieux et honnêtes. Lorsque qu'un phénomène bien réel est découvert, même dérangeant, d'autres chercheurs le vérifient et le confirment. Cela été le cas pour les travaux de Benveniste. La mise en marge de ces vérifications par une science qui ne préfère pas savoir est une autre histoire. 

De la croyance plus que de la science 
Je ne rejette pas l'existence d'une réalité éclairante derrière les microzymas, mais entre cette réalité et l'interprétation qui en est faite par ceux qui les mettent en avant, il y a un trajet un peu trop direct. Je n’adhère pas à cette systématisation rapide qui sous prétexte que quelque chose a été décrit et entre bien dans la logique des idées auxquelles on croit, cela devienne une vérité. 
Comment peut-on affirmer que la contamination microbienne extérieure n’existe pas ? Ceux qui soutiennent cela connaissent mal la microbiologie ! Pour ne pas prendre en compte le puits contaminé au milieu d’une population atteinte de choléra ou ne pas voir les chaines de propagation des maladies sexuellement transmissibles, il faut un regard bien étroit ! Et s'il faut se référer au karma collectif pour expliquer une épidémie, alors oui, on est dans la croyance. Cela se respecte à titre individuel, la liberté de pensée est un droit essentiel, mais comment peut-on se prétendre objectif et porteur de vérité dans ce contexte ?

Une vision globale systémique 
Il y a une autre manière plus globale et moins rigide de regarder les maladies infectieuses. Et si elles étaient avant tout le résultat de l'interaction entre un organisme et un microbe ? Le terrain d’un côté, le pouvoir invasif et la production de toxines de l’autre, sont des éléments déterminants de cette relation complexe. La réaction de l’organisme à cette présence étrangère est la conséquence de cette relation et c’est elle qui provoque le plus souvent les signes majeurs de la maladie, notamment l’inflammation. 
Organisme et microbe, comme tout ce qui est en relation, forment un système. Et un système vivant, par essence, s’auto-organise en fonction de la mémoire qui existe d’une telle situation et de tous les facteurs présents. Il y a une dynamique générale qui donne des ressemblances visibles qui définissent la maladie et une manifestation singulière propre à chaque contexte individuel. 
Cette vision est à la fois plus simple dans la globalité et plus complexe dans le détail. Elle va à l’encontre de notre désir très mental de comprendre comment les choses se passent pour se sentir aussi intelligent que la vie. C’est cela qui conduit à l’enfermement dogmatique ! Et qu’il soit matérialiste en mettant toute les causalités à l’extérieur ou spiritualiste en les mettant entièrement à l’intérieur, le dogme conduit toujours à porter son intérêt uniquement vers ce qui va dans son sens. Et pourtant, dans les deux cas, il y a des éléments qui vont à l’encontre de ce monolithisme de causalité !
 
Sortir du combat et de la dualité
Pour sortir de cela, un peu d'humilité et l’abandon du désir que notre croyance intime soit la vérité pour tous sont nécessaires. S'ouvre alors un pragmatisme respectueux de ce qui nous dépasse et efficace car il utilise au mieux toutes les lois de la vie, sans besoin de maîtriser leur mécanisme intimes. La sagesse des cultures chamaniques a beaucoup à nous apprendre de ce point de vue.
En considérant avant tout l'interaction entre l'organisme et l'agent infectieux, on peut agir sur le terrain, sur le microbe, ou sur les deux, selon les circonstances. Voir les intérêts et les limites de chaque approche en ne combattant pas sa légitimité est une démarche pacifiante et constructive. Lutter contre un dogme par un autre dogme est le combat frontal qui a rempli l'histoire de l'humanité et qui n'a jamais trouvé d'issue.

(1) Pasteur l’imposteur, par Sylvie Simon – Nexus n°67,  mars-avril 2010