Pasteur contre Béchamp : le combat stérile des partisans
Par J.B. Boislève, le 18 mars 2010
En France, les Sciences Académiques glorifient Pasteur, le père de la médecine moderne qui a montré la véritable cause des maladies infectieuses. Les opposants à cette thèse encensent Béchamp, contemporain méconnu qui s'intéressait au rôle déterminant du terrain. D'un côté, la maladie c'est le microbe. De l'autre : le microbe n'est rien, le terrain est tout. Un débat entre le tout et le rien dans lequel chaque camp prétend détenir la source du tout et ne laisse à l'autre que l'illusion du rien. C'est la caricature d'un combat de deux dogmes. Un combat résolument stérile qui défend des croyances et passe à côté d'une réalité plus complexe de la vie.
De l’ombre sur Pasteur
La médecine pasteurienne connaît bien monde microbiologique, celui des virus, des bactéries et des champignons. Elle a ainsi développé les antibiotiques et les vaccins. Les ravages sur la santé globale de la
généralisation de ceux approches ont été négligées, parce qu'ils semblent très secondaires pour
une pensée dogmatique qui s'est focalise sur la responsabilité unique et linéaire
d'un facteur extérieur. De la lumière par contraste sur Béchamp
Dénoncer cela ne doit cependant pas faire oublier que ces
pratiques ont aussi contribué à la régression de certaines maladies et au
succès des soins d’urgence. Qui aujourd’hui refuserait le traitement
antibiotique à son enfant atteint de méningite purulente sous prétexte que
« le microbe n’est rien » ?
Louis Pasteur, comme bien
d’autres après lui, aimait la gloire et a su l’obtenir par des stratégies
médiatiques et des fraudes scientifiques (1). L’exhumer pour rappeler cela
fait-il avancer le débat sur l’utilité des vaccinations ? Le fait que son
vaccin artisanal contre la rage était dangereux et peu efficace signifie–t-il
que tous les vaccins apparus ensuite sont ainsi ? Le propre des dogmes est
d’avancer et de généraliser tout ce qui renforce le sens choisi. Mais à force de
fixer son regard vers un but connu d'avance et non remis en cause, il se forme naturellement des
œillères bien étroites qui masquent le faits qui vont dans un autre sens.
Antoine Béchamp fait
partie de ces chercheurs géniaux qui n’ont pas le tempérament habile et
manipulateur pour se faire reconnaître. À l’ombre de Pasteur, il a été repoussé
en marge puis dans l’oubli. Le faire connaître est un travail d'historien
nécessaire et louable. En faire un martyr pour dénigrer la médecine
pasteurienne est une déviance vers le combat idéologique.
La thèse de Béchamp mise
en avant dans ce combat pour la vérité sur les maladies infectieuses est celle
des microzymas. Une hypothèse de
pléiomorphisme microbien qui suppose qu’un élément source peut devenir, selon
le contexte, le microorganisme spécifique d’une maladie. Le microbe n’est donc
plus la cause mais le témoin. Et c’est le virage à 180 degré qui permet le
combat frontal : le microbe ne vient pas de l’extérieur mais de
l’intérieur ! Il est une conséquence et non une cause. Donc
« rien » dans l’origine de la maladie. Une thèse abondamment reprise
par les défenseurs de la causalité psychosomatique des maladies. C'est une
explication simple et linéaire à un phénomène qui hors de cela échappe à la
logique. Les somatides de Naessens
Plus près de nous, un
autre français, Gaston Naessens, a mis au point un microscope permettant
d’observer des entités de très petite taille, qu’il a appelé somatides, auxquelles
il attribue ce même pouvoir de genèse de micro-organismes pathogènes.
L’histoire de ce chercheur atypique est une succession de poursuites et de
scandales avec comme toujours dans ce contexte, les adversaires qui parlent
d’imposteur et les adhérents de martyr. Seule la vérification des observations mises
en avant par une équipe indépendante aurait pu faire avancer les choses, mais
il semble que Naessens n’a rien fait pour que cela soit possible (2).
Si les microzymas et les somatides sont observables, pourquoi il n’y a que ceux qui y croient qui les
voient ? Bien sûr, il y a les intérêts, les menaces, les complots… mais il y a
aussi beaucoup de chercheurs curieux et honnêtes. Lorsque qu'un phénomène bien
réel est découvert, même dérangeant, d'autres chercheurs le vérifient et le
confirment. Cela été le cas pour les travaux de Benveniste. La mise en marge de
ces vérifications par une science qui ne préfère pas savoir est une autre
histoire.
De la croyance plus que de la science
Je ne rejette pas l'existence d'une réalité éclairante derrière les microzymas, mais entre cette réalité et
l'interprétation qui en est faite par ceux qui les mettent en avant, il y a un trajet un peu trop
direct. Je n’adhère pas à cette systématisation rapide qui sous prétexte que
quelque chose a été décrit et entre bien dans la logique des idées auxquelles
on croit, cela devienne une vérité.
Comment peut-on affirmer
que la contamination microbienne extérieure n’existe pas ? Ceux qui soutiennent
cela connaissent mal la microbiologie ! Pour ne pas prendre en compte le
puits contaminé au milieu d’une population atteinte de choléra ou ne pas voir
les chaines de propagation des maladies sexuellement transmissibles, il faut
un regard bien étroit ! Et s'il faut se référer au karma collectif pour
expliquer une épidémie, alors oui, on est dans la croyance. Cela
se respecte à titre individuel, la liberté de pensée est un droit essentiel, mais comment peut-on se prétendre objectif et porteur de
vérité dans ce contexte ?
Une vision globale systémique
Il y a une
autre manière plus globale et moins rigide de regarder les maladies
infectieuses. Et si elles étaient avant tout le résultat de l'interaction entre
un organisme et un microbe ? Le terrain d’un côté, le pouvoir invasif et la
production de toxines de l’autre, sont des éléments déterminants de cette relation
complexe. La réaction de l’organisme à cette présence étrangère est la
conséquence de cette relation et c’est elle qui provoque le plus souvent les
signes majeurs de la maladie, notamment l’inflammation.
Organisme et
microbe, comme tout ce qui est en relation, forment un système. Et un système
vivant, par essence, s’auto-organise en fonction de la mémoire qui existe d’une
telle situation et de tous les facteurs présents. Il y a une dynamique générale
qui donne des ressemblances visibles qui définissent la maladie et une
manifestation singulière propre à chaque contexte individuel.
Cette vision est à la fois
plus simple dans la globalité et plus complexe dans le détail. Elle va Ã
l’encontre de notre désir très mental de comprendre comment les choses se passent
pour se sentir aussi intelligent que la vie. C’est cela qui conduit Ã
l’enfermement dogmatique ! Et qu’il soit matérialiste en mettant toute les
causalités à l’extérieur ou spiritualiste en les mettant entièrement Ã
l’intérieur, le dogme conduit toujours à porter son intérêt uniquement vers ce qui va dans son sens. Et pourtant, dans les deux cas, il y a des éléments qui vont Ã
l’encontre de ce monolithisme de causalité !
Sortir du combat et de la dualité
Pour sortir de cela, un peu
d'humilité et l’abandon du désir que notre croyance intime soit la vérité pour
tous sont nécessaires. S'ouvre alors un pragmatisme respectueux de ce qui nous
dépasse et efficace car il utilise au mieux toutes les lois de la vie, sans
besoin de maîtriser leur mécanisme intimes. La sagesse des cultures chamaniques
a beaucoup à nous apprendre de ce point de vue.En considérant avant tout
l'interaction entre l'organisme et l'agent infectieux, on peut agir sur le
terrain, sur le microbe, ou sur les deux, selon les circonstances. Voir les
intérêts et les limites de chaque approche en ne combattant pas sa légitimité est
une démarche pacifiante et constructive. Lutter contre un dogme par un autre
dogme est le combat frontal qui a rempli l'histoire de l'humanité et qui n'a
jamais trouvé d'issue.
(1) Pasteur l’imposteur,
par Sylvie Simon – Nexus n°67,
mars-avril 2010

Commentaires
J'apprécie cette attention constante à ne pas être dans la polémique.
Dans le domaine de la santé comme partout, il y a des modes que l'on nous présente -pour ce qui est de la santé- comme des vérités scientifiques.