Par J.B. Boislève, le 13 avril 2010
Parmi les
pathologies qui inquiètent le monde occidental, la maladie d'Alzheimer occupe
une place à part. Elle réveille la peur du vieillissement. Elle touche ce que
notre culture considère comme le plus noble, la fonction cognitive et avec
elle, l'autonomie. Par ses conséquences et ce qu'elles révèlent, cette maladie émergente
nous montre que c'est bien toute notre société qui est malade.

La maladie d'Alzheimer - photo AFP
Il y a trois
angles par lesquels on peut observer la maladie d'Alzheimer : le corps qui
porte la lésion, le psychisme qui est directement affecté, l'entourage et la
vie sociale qui sont déstabilisés. Chacun révèle la dérive d'une culture et
d'un mode de vie impuissant à gérer ce qu'ils ont pourtant contribué Ã
installer.
Une maladie organique Ne l'oublions pas,
la maladie d'Alzheimer est une pathologie organique, directement liée à une lésion
dégénérative du cerveau. Savoir si c'est une véritable maladie ou une simple
accélération du vieillissement a peu d'intérêt, le résultat est le même, et il
est évidemment pathologique. Les raisons de cette dégénérescence sont en
revanche plus intéressantes. Les anomalies génétiques et les protéines
particulières qui encombrent le tissu nerveux (protéine Tau, peptide amyloïde
ß) alimentent la recherche qu'affectionne le monde médical, mais n'ouvrent que
des applications médicamenteuses. Celles-ci seront au final peu efficaces, tout
en étant génératrices de profits à travers les brevets.
La piste la plus
intéressante est sûrement du côté des causes environnementales. La maladie se
révèle de plus en plus comme la conséquence d'une inflammation chronique à bas
niveau et d'une usure favorisée par l'accumulation de toxiques. Les métaux
(mercure et aluminium) sont déjà clairement mis en cause par des études publiées,
mais peu prises en compte. L'alimentation pauvre en oméga 3 et en antioxydants,
ainsi que la carence en vitamines B9 et B12 qui accroît l'homocystéine, se
révèlent être des facteurs favorisants. Des additifs alimentaires comme le
glutamate et l'aspartame, si on s'y intéressait vraiment, révèleraient
probablement qu'ils ne sont pas innocents.
Tous ces facteurs
liés à notre mode de vie ne sont pas la cause directe de la maladie
d'Alzheimer, ni des nombreuses autres maladies émergentes auxquelles ils sont
associés. Ils sont cependant un important vecteur d'accélération. Et c'est bien
cette accélération qui fait qu'il y a de plus de plus de malades, et fera que
la maladie se déclenchera de plus en plus jeune.
Des manifestations
psychiques On connaît la maladie
d'Alzheimer pour sa capacité à diminuer la mémoire. En fait, ce sont toutes les
facultés cognitives qui sont affectées : la capacité à raisonner, à juger, Ã
organiser sa vie. Or, notre société a donné une valeur disproportionnée à ces
fonctions. Ce n'est pourtant qu'une partie de notre cerveau, classiquement le
gauche qui est concerné. L'autre cerveau (le droit), est celui de l'intuition,
de la vision globale, de la capacité à vivre le présent. Ceux qui ont cette
autre face dominante savent à quel point le monde dans lequel nous vivons
laisse peu d'espace pour exprimer leur potentiel.
Dans la maladie
d'Alzheimer, les fonctions cognitives sont altérées, alors que l'autre versant
du psychisme demeure. Le malade reste conscient, mais il voit le monde de plus
en plus sous cet angle de globalité et de présence à l'instant. C'est la seule
fenêtre qui lui reste ouverte. Lorsque son entourage ou le programme
thérapeutique s'efforce de le ramener à la raison, de développer une cognition
qui n'a plus de matière nerveuse pour s'exprimer, c'est l'échec. C'est aussi,
pour le malade, une grande souffrance d'être ainsi incompris et de se sentir
harcelé, poussé à faire ce qu'il ne peut plus faire. Alors fatalement, il
devient agressif.
Pour une société
qui a survalorisé les fonctions cognitives, la maladie d'Alzheimer est un vrai
cauchemar.
Des répercussions
fortes sur la famille et la société Notre mode de vie
fait que toute personne qui perd ses fonctions cognitives et donc une part
importante de son autonomie, devient un véritable handicapé à la charge de la
société. Il faut donc un aidant familial et à défaut, une prise en charge en
institution.
L'aidant, souvent
peu formé se heurte à une totale incompréhension, surtout si son fonctionnement
personnel est plutôt rationnel et qu'il est peu enclin à l'empathie. Il subit
alors l'agressivité de son parent, et parfois la résurgence de conflits
familiaux bien refoulés. Souvent, il est seul face au problème. Il se trouve
face à son échec, avec de lourdes conséquences liées au stress intense :
conflits conjugaux, perte d'emploi, dépression ! Il est apparu ainsi une
seconde pathologie de la maladie d'Alzheimer, celle des aidants.
Les institutions
qui sont de plus en plus la solution de recours ont un coût élevé pour les
familles et pour la société. Combien en faudra-t-il à l'avenir pour prendre en
charge tous les malades qui ont une durée de vie de 10 à 15 ans ? Combien de
temps la collectivité pourra-t-elle assurer la prise en charge avant
d'envisager, sans le dire vraiment, des solutions plus radicales : euthanasie,
enfermement dans des mouroirs ?
Une société malade
incapable de se remettre en cause Pour lutter
efficacement contre la progression de la maladie d'Alzheimer et favoriser la
prise en charge des malades actuels et à venir, une révision profonde du mode
de vie et notamment des habitudes alimentaires semble incontournable. Il
faudrait aussi évoluer vers une société qui cesse cette compétition stupide
vers on ne sait quoi, rendant inexorablement les choses plus compliquées, moins
locales, moins humaines.
Il est évident
qu'une alimentation plus conforme à nos besoins et une exposition plus réduite
aux toxiques ralentirait le processus de vieillissement et de dégénérescence du
tissu cérébral. Évident aussi qu'une organisation sociale qui retrouve les
valeurs de la communauté locale capable de prendre en charge collectivement
ceux qui n'ont pas ou plus leur autonomie (enfants, handicapés, vieillards)
ouvrirait un champ nouveau de possible. Évident enfin que des valeurs et une
éducation qui laisseraient plus de place au cerveau non rationnel (global,
intuitif, présent) et sa capacité d'empathie, permettraient une bien meilleure
acceptation de la maladie et un accompagnement plus aisé.
Nous sommes loin,
bien loin de tout cela.
La maladie d'Alzheimer nous rappelle que notre société
est bien malade, mais elle refuse encore de le voir en face.
Commentaires
Je ne sais pas si toutes ces allégations sont basees sur des recherches poussées. En tout cas, bien que 2 cas ne soient pas généralités ma mère et ma grand-mère (il y a 30 ans de ca) ont subies cette terrible maladie et elles étaient toutes deux des fanatiques du mode de vie équilibré et des règles de la diététique, ne mangeant que des plats faits maison, pas de viande, du poisson (pas plus de 500 calories par jour , oui, a la limite de l'anorexie) elles n'y ont pourtant pas échappé.
Ce témoignage fort éclairant m'inspire deux commentaires :
1. Non, aucune étude suffisante pour être reconnue par les Académies de Sciences ne permet de mettre en cause les causes alimentaires de la maladie d'Alzheimer, seulement un faisceau concordant d'observations statistiques. Mais cette même Science ne propose rien qui tienne la route, préférant dire "on ne sait pas" et continuer à chercher dans les voies sans issues qu'elle maîtrise, plutôt que s'intéresser à ce qui semble de plus probable aujourd'hui mais dans un domaine qu'elle ne maîtrise pas.
2. La maladie d'Alzheimer, comme beaucoup de maladies de civilisation, se révèle de plus en plus comme multifactorielle, c'est-à -dire qu'elle apparaît suite au cumul de plusieurs de facteurs qui ne sont pas les mêmes pour tous les malades. Et cela est difficile à admettre en dehors d'une approche intégrative et/ou systémique.