Un émerveillement qui valide des croyances 
En 2001, dans le cadre d'une association de réflexion sur l'évolution plus consciente de l'humanité, une spécialiste de l'eau présentait un livre en japonais, avec de superbes photos de cristaux d'eau. Nous étions tous émerveillés de voir sur des images ce que nous pressentions intuitivement : l'eau est porteuse de multiples informations, et capte celles de nos pensées qu'elle peut ensuite véhiculer. Enfin, cela pouvait se voir et se confirmer dans la matière ! 
Dans les années qui ont suivi, les traductions des livres de Masaru Emoto sont arrivées en masse dans les librairies et les photos ont circulé sur le réseau internet. L'information se transmettait comme une bonne nouvelle. Face à une telle démonstration scientifique, plus personne ne pouvait nier que la pensée agit sur l'eau. Et comme notre corps est fait de 80% d'eau, la pensée agit donc sur l'ensemble de notre biologie.

Le piège de la preuve attendue
Quand une idée est fortement ancrée dans la croyance, généralement, toute information aux allures de preuve qui arrive est immédiatement intégrée comme élément de démonstration de la validité de l'idée, sans vérification. Pourquoi vérifier puisque c'est si évident ! Puis, le réseau qui partage l'idée s'active, et chaque fois que quelqu'un répète l'information, elle se consolide comme un fait acquis.
C'est là que l'esprit scientifique, malgré ses travers et sa fréquente étroitesse d'esprit, est précieux pour  prendre un peu de distance et sortir de l'emballement passionnel.

Une bien étrange cohérence
La première chose qui m'a marquée en observant de près les clichés d'Emoto est que l'on retrouve toujours le même type de cristaux, malgré des catégories très différentes d'influence, : pollution chimique, onde sonore, lumière, pensée activée ou forme-pensée rayonnant à partir d'un écrit.
Il est clair pour moi que la structure intime de l'eau est sensible à toutes ces influences. Il est en revanche peu probable que des substances chimiques (pollution), des ondes qui déplacent l'air (son), des ondes électromagnétiques (lumière) ou de l'information immatérielle (pensée) puissent avoir la même influence sur la structure moléculaire qui va cristalliser lors de la congélation.

Des travaux qui ne répondent pas aux critères de la science
Il y a au moins trois critères qui manquent pour donner un crédit scientifique aux travaux d'Emoto :
1. Aucun article n'est publié dans une revue dans laquelle un comité de rédaction vérifie la validité du contenu. 
2. Aucun autre chercheur n'a reproduit des travaux similaires

3. Pour chaque expérience, Il est montré une photo choisie et non un panel pris au hasard de tous les cristaux formés. Il est facile dans ce contexte d'orienter le choix en fonction de ce que l'on souhaite montrer !

Comment tricher sans être vraiment malhonnête
Si Masaru Emoto est honnête dans sa démarche, ce que l'on peut supposer, alors les cristaux qu'il montre ont bien été observés dans le contexte qu'il décrit. En cela, il n'y a pas de trafic de résultat. En revanche, le fait de les choisir peut entièrement fausser l'information fournie. Dans un mélange complexe de formes issues de la cristallisation, c'est l'ensemble qui est significatif. Il faudrait donc comparer les nombreuses formes qui sont apparues avant toute sélection et faire des statistiques sur des critères significatifs évaluables. 
La démarche d'Emoto, qui choisi dans l'ensemble des formes apparues la plus significative à son goût, est la même qu'un essai qui donnerait une plante à 100 malades et donnerait en résultat la présentation du cas qui a le mieux évolué. Et cela n'a évidemment aucune valeur objective !

Fraude ou habileté ?
Peut-on parler de fraude ? Emoto est-il un imposteur ? Non, et c'est là toute l'habileté de cette affaire. En ne publiant pas ses travaux dans une revue référencée et en ne prétendant jamais qu'ils sont scientifiques, Emoto se place volontairement en dehors de la science et se libère ainsi de ses contraintes. Ses ouvrages ne sont pas de la science, juste de l'art, de la poésie en image. Et il n'y a rien à dire à cela !
L'habileté de la démarche est en revanche efficace. Les photos proposées comme de simples observations répondent à une attente forte d'une population en manque de reconnaissance de valeurs étouffées par la rationalité. Pour celles et ceux qui ne sont pas familiers des sciences, la technique utilisée apparaît scientifique et est véhiculée comme telle. Et l'information sous-jacente se transmet avec une réelle force de conviction. Au passage, la vente de wagons d'ouvrages rend l'affaire plutôt lucrative !

Un fond de vérité à protéger
L'eau est la pierre angulaire du processus vivant et elle manifeste pour cela des propriétés qui échappent actuellement à la science rationnelle. Cela est une évidence et notre connaissance a beaucoup à gagner en s'intéressant à cela.
Le fait que la pensée influe sur notre corps et sur notre vie est également une évidence, mais il est clair que c'est un phénomène complexe qui ne peut se réduire à des simplicités linéaires.
Connaître l'eau et le pouvoir de la pensée sur notre organisme est une démarche individuelle dans laquelle il y restera toujours une part de mystère, et donc de croyance. Pour aider cette démarche et ne pas lui voler son sens, il me semble important de ne pas donner une valeur objective à ce qui n'en a pas. Cela enferme la vision… D'où l'intérêt de la véritable valeur scientifique des informations qui sont diffusées à large échelle.

À chacun sa quête de connaissance de l'eau !
Il y a dans le passé des chercheurs qui ont beaucoup apporté à la connaissance de l'eau : Viktor Schauberger, Marcel violet, Roland Plocher, Louis Claude Vincent, Jacques Benveniste…
Quelle place donner à Masaru Emoto dans cette famille ? Ses travaux sont-ils au service d'une meilleure connaissance de l'eau accessible à tous, ou d'un enfermement vers une vision subjective qui donne un certain pouvoir à son auteur avec les bénéfices d'une entreprise lucrative ?
À chacun de juger.

Pour plus d'information la place des travaux d'Emoto dans la recherche sur l'eau :