En Inde et dans l’Asie du Sud-Est, le curcuma est l'une des principales épices utilisées depuis des temps anciens. Ses vertus, principalement comme anti-inflammatoire/antioxydant et stimulant de la fonction digestive, sont aujourd'hui unanimement reconnus. Jean-Yves Dionne a recensé plus de 40 études cliniques qui confirment diverses propriétés bénéfiques. Curcuma et thé vert sont les ingrédients naturels favoris de Richard Béliveau et David Servan-Schreiber. Ce dernier disait que si ces produits étaient brevetables, ils feraient probablement la fortune de l'industrie pharmaceutique !
Ce trésor de la nature aurait pu rester un aliment santé d'exception avec un effet préventif par sa consommation régulière, et un usage curatif en certaines circonstances, avec une préparation artisanale.
Cependant, l'obsession du toujours plus des humains s'est mise en marche… Est-ce un bien ou est-ce un mal ? Cela dépend du point de vue à partir duquel on observe cette évolution, qui se passe en trois étapes. 

1. L'extrait C95 
  Les recherches ont montré que les curcuminoïdes, dont la curcumine, sont les agents les plus actifs du curcuma. Les poudres en contiennent de 0,5 à 5%. Une demi cuiller à café (2-3 g) apporte entre 60 à 200 mg par jour de curcuminoïdes. Les premiers essais ayant validés les propriétés bénéfiques pour un apport de 700 à 1000 mg par jour, l'utilisation d'un extrait concentré est devenue nécessaire. L'extrait C95 (95% de curcuminoïdes) est ainsi devenu un standard, qui permettant l'administration de doses élevées.
Ce n'est que plus tard que des chercheurs se sont intéressés au bénéfice d'un apport de faibles doses mais c'était déjà trop tard ! Toute l'attention était déjà portée sur la recherche d'un effet maximal, qui nécessite de fortes posologies et passe forcément par des extraits industriels.

2. L'ajout de la pipérine
Il s'est révélé rapidement que la curcumine qui s'assimilait moyennement dans la poudre de curcuma devenait quasi inassimilable par la muqueuse digestive dans l'extrait C95. L'association traditionnelle poivre/curcuma du curry a ouvert la voie vers la découverte d'une synergie entre les deux épices, qui est devenue la synergie entre deux principes actifs : pipérine et curcumine, à l'appui d'une publication montrant une assimilation maximale dans les proportions 1/100.
Ainsi sont nés les produits qui associent les deux ingrédients et affichent une efficacité maximale, alors qu'ils respectent rarement les proportions de l'étude de référence.
Le bémol est apparu lorsque la pipérine, connue pour inhiber certaines enzymes impliquées dans la dégradation de la curcumine, a été soupçonnée d'accroître la perméabilité intestinale, ce qui certes augmente le passage des curcuminoïdes dans le sang, mais peut-être aussi d'autres substances plus ou moins désirables. Cette perméabilité transitoire ne semble pas présenter de risque, mais l'accroître en augmentant la dose de pipérine pourrait être problématique, et cet argument sera souligné pour mettre en avant d'autres formes d'utilisation.

3. Les produits technologiques
L'association curcuma/poivre et sa variante curcumine/pipérine, restent composée de produits d'origine naturelle, et appartiennent donc au domaine public. Donc pas de quoi s'investir dans une recherche qui ne rapporte rien à ceux qui la financent.
Sont alors apparus les produits technologiques brevetés, annonçant une biodisponibilité de la curcumine augmentée de 6 fois, 20 fois, 45 fois et récemment 185 fois ! Une vraie foire aux enchères ! Chaque spécialité appuie ses résultats sur une publication généralement unique et très probablement financée par le détenteur du brevet, ce qui reste un niveau de preuve assez faible. Les techniques utilisées sont diverses : ajouts de substances synergiques servant de transporteurs, émulsions, ou formation de nanoparticules. Les études montrent une augmentation du passage dans le sang et la duré de vie de la curcumine, mais de disent rien de son activité dans ce contexte.
Comment s'y retrouver ?
Des chercheurs ont réalisé une étude comparative des nouvelles formes de curcumine. Ils y indiquent les modes de fabrication des spécialités brevetées, le niveau de biodisponibilité annoncé, et analyse les publications sur lesquelles ce niveau s'appuie.
Cette étude a permis d'établir le TABLEAU SYNTHÉTIQUE ci-joint, dans lequel ont été ajouté quelques données trouvées à partir de diverses sources d'informations.

4. Quel curcuma choisir ?
En reprenant les éléments de cette histoire et en comparant tous les facteurs qui entrent en jeu : comment choisir le meilleur Curcuma ? Quand je me suis posé la question pour une prescription optimisée d'anti-inflammatoire naturel, je n'ai pas trouvé de solution.
Une autre question est restée sans réponse. Les principes actifs du curcuma semblent faire partie des meilleurs protecteurs de la muqueuse digestive. De ce point de vue, ils sont très utiles aux cures de régénération proposées dans un contexte d'atrophie intestinale associée à de nombreuses maladies chronique. Dans ce cas, l'assimilation digestive de la curcumine est inutile, voire néfaste puisque la protection s'effectue à l'intérieur de la lumière intestinale, là où se produit l'agression inflammatoire. L'utilisation de poudre de curcuma ou d'extrait C95 semble à priori le meilleur choix. Mais qu'en est-il vraiment ?
Cette histoire du curcuma montre comment un trésor de la nature, une fois entré dans le circuit des profits privatisés, crée une immense confusion et brouille les informations d'intérêt public permettant d'optimiser son usage. Chaque spécialité brevetée défend ses avantages par rapport aux  produits concurrents, et aux préparations naturelles qui sont dévalorisées.  Le choix devient alors soumis à des arguments de marketing !